Ma sortie de l’Ecole suivait de près la fin de la guerre d’Algérie.  Le service militaire n’avait pas encore été aboli mais de Gaulle (à l’époque nous avions très peu d’indulgence pour sa politique ) venait de créer la coopération et ainsi mes seize mois de soldat du contingent ont été partagés entre une année comme assistant à la fac d’Alger complétés par 4 mois (en fin de compte assez agréables) dans un régiment de chars à Rambouillet.

Alger vibrait dans l’enthousiasme de l’indépendance. Tout était considéré comme révolutionnaire : aller avec les étudiants aider les paysans de Kabylie à ramasser des cerises, prendre un café avec Eldridge Cleaver, rédiger des polycopiés ou assister aux conférences des chercheurs étrangers qui se bousculaient pour venir nous voir. De Gaulle avait confié à Stéphane Hessel le poste clef  d’attaché culturel à l’ambassade de France. Malgré nos canulars, il nous accordait une chaleureuse et bienveillante attention. Je suis heureux d’avoir pu le rencontrer à cette occasion.
Déjà en classes préparatoires j’étais attiré par l’analyse. Puis durant ma scolarité à l’Ecole Normale, j’avais suivis avec fascination les cours de Laurent Schwartz. Mais c’est à Alger, à la suite d’une série de cours de Martin Zerner, que j’ai commencé à m’intéresser sérieusement aux équations aux dérivées partielles avant de poursuivre dans cette voie avec J. L.  Lions qui accepté de me prendre comme thésard  et m’a soutenu pour un poste (non permanent) au CNRS.

Les équations aux dérivées partielles servent à décrire des phénomènes continus. Elles contribuent  à la fois à notre compréhension de l’univers et à la réalisation d’objets de la vie courante. Elles reçoivent un statut mathématique et méritent l’intérêt des chercheurs lorsque qu’elles acquièrent une certaine universalité. Par exemple les  équations de Rayleigh Taylor modélisent aussi bien l’évolution des nuages, que le mélange de l’huile et du vinaigre mais encore l’interface dans le confinement inertiel d’un plasma par laser. Il en résulte que les propriétés fines de ces différents phénomènes ont beaucoup de chance (ou sinon la certitude) d’être des conséquences de propriétés purement mathématiques des équations. C’est ainsi que des résultats mathématiques peuvent contribuer à notre compréhension du monde et suscitent l’intérêt sinon l’acharnement des chercheurs.
Pour moi l’enjeu n’a jamais été de faire une percée extraordinaire (sûrement hors de ma portée) mais de contribuer en collaborant avec le reste de la communauté aux progrès de la discipline. Continuer de « jouer «  avec les grands est d’autant plus motivant  que l’accueil que m’a offert cette communauté correspondait tout à fait à mes attentes. Le travail est rarement solitaire. En effet, c’est souvent plus stimulant de travailler en collaboration d’autant plus qu’il y a dans la création mathématique une part importante dévolue à la transmission.

Au cours de ces années, j’ai bénéficié de l’aide généreuse d’un assez grand nombre d’aînés. J’ai envie de les citer ci dessous pour les remercier en insistant sur la variété de leur nationalité,  de leur origine, de leur spécialité, de leur tempérament et de leurs options politiques : Laurent Schwartz et Jacques Louis Lions, Henri Cabannes, Marcel Berger, Roger Godement, Robert Dautray, Martin Zerner, Pierre Averbuch, Helmuth Neunzert et Peter Lax.
Ensuite  je veux noter les soutiens et les collaborations avec des collègues de ma génération : Louis Boutet, Haim Brézis, Uriel Frisch, Jean Pierre Labesse, Dave Levermore, Alex Mahalov, Basile Nicolaenko, Jeffrey Rauch, Joel Smoller, Seiji Ukai, Yoshio Sone, Walter Strauss, Olivier Pironneau, Michel Bercovier , Mikhail Belishev, Sasha Bobylev et Alain Rouet.
Enfin j’ai eu la chance d’avoir des étudiants (en thèse) super agréables, super gentils et souvent très très compétents. Plusieurs d’entre eux sont devenus des collaborateurs réguliers. Ils se trouvent sur ma page descendance.

 

I graduated from school shortly after the end of the war in Algeria.  Military service had not yet been abolished, but de Gaulle (for whose politics at that time, we had very little patience) had just created a program that set up and supported educational and training programs in developing countries.  Thus as a conscripted soldier, I spent the first 12 months of  my 16 months of national service as an assistant at the University of Algiers and the last four in a tank regiment. (Surprisingly, this last assignment in Rambouillet, only 50 kilometers southwest of Paris, turned out to be quite pleasant.) 

Algiers vibrated with the enthusiasm of its new independence.  Everything was considered revolutionary: going with students to help farmers from Chubbily pick cherries; having coffee with Black Panther leader Eldridge Cleaver; writing lecture notes or attending conferences given by foreign researchers. 
For the key position of cultural attaché at the French Embassy, De Gaulle had appointed Stéphane Hessel, who had helped to draft the Universal Declaration of Human Rights.  In spite of our hoaxes, Hessel treated us with warm and kind solicitation.  I am happy that I was able to meet him then.

I was already interested in analysis by the time I took my “class preparatoires” just after high school.  Afterwards, during the course of my scholarship at the Ecole Normale, I took some fascinating classes with Laurent Schwartz.  It was in Algiers, however, after a series of courses with Martin Zerner, that I became seriously interested in partial differential equations.  Later, J. L. Lions accepted me as a Ph.D. student and helped me to get a (non-permanent) job at the CNRS, the French official research agency.
Partial differential equations describe continuous media.  They contribute to both our understanding of the universe and to the accomplishment of every day tasks.  They attain a mathematical status and merit the interest of researchers only when they acquire a certain universality.  For example, the Rayleigh-Taylor Equations model the evolution of clouds, the mixture of oil and vinegar and also the interface in the inertial confinement of plasmas by lasers.  As a result, fine properties of these different phenomena have a good chance (although not certainty) of being consequences of the purely mathematical properties of the equations.  It is in this way that mathematical results can contribute to our understanding of the world and elicit the interest if not the unremitting effort of researchers.
For me, the aim was never an extraordinary breakthrough (which was beyond my capability), but was rather a desire to contribute to progress in the discipline through collaboration with the rest of the mathematical community. To continue to « play » with the greats is even more motivating since the welcome that this community offered me met my expectations.   Mathematical research is rarely solitary.  Indeed, it is often more stimulating to work in collaboration with others because a big part of mathematical creation comes about by a sharing of ideas.

Over the years, I was fortunate to have the generous help of a considerable number of "elders." I want to emphasize the variety of their nationalities, origins, specialties, natures and political leanings and to thank them all:  Laurent Schwartz and Jacques Louis Lions, Henri Cabannes, Marcel Berger, Roger Godement, Robert Dautray, Martin Zerner, Pierre Averbuch, Helmuth Neunzert and Peter Lax.
I would also like to note the support of and collaboration with colleagues of my generation: Louis Boutet, Haim Brézis, Uriel Frisch, Jean Pierre Labesse, Dave Levermore, Alex Mahalov, Basile Nicolaenko, Seiji Ukai, Yoshio Sone, Jeffrey Rauch, Joel Smoller, Walter Strauss, Olivier Pironneau, Michel Bercovier, Mikhail Belishev, Sasha Bobylev and Alain Rouet.
Finally, I had the good fortune to have very pleasant, very nice and often very, very capable (PhD) students.  Many of them became regular collaborators.  You can find them on my “Descendants” page.

     
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